Pratyahara, le cinquième pilier du Yoga

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Cette semaine, je voudrais continuer avec ma réflexion sur les huit piliers du yoga. J’ai déjà évoqué ce sujet dans mes articles sur yama et niyama. J’ai aussi parlé de pranayama, les exercises de respiration dans la pratique du yoga. Ces sujets sont vastes et complexes et demandent une pratique aussi constante que la pratique physique du yoga (les asanas). Le pilier dont je souhaite parler cette semaine est le pratyahara, le retrait des sens.

Prayahara, la maîtrise des sens

Le pratyahara est le cinquième des huit piliers du yoga ashtanga. Pour donner une défintion de ce pilier, il s’agit d’une pratique nous permettant de maîtriser nos sens, de nous détacher de nos perceptions limitatives. C’est en quelque sorte le début d’une quête de soi à l’intérieur. On apporte beaucoup d’attention à l’espace intérieur pour trouver notre vraie nature. Pour cela, un certain calme est nécessaire. On veut juste être tranquil. Ne pas être dérangé. Être zen. Dans un monde qui bouge tellement vite, où les gens ne font pas toujours tout comme nous l’imaginons, la paix et la tranquilité peuvent paraître difficile à atteindre.

Certes, on peut s’obstiner à vouloir toujours tout changer, à s’indigner car un tel fait trop de bruit et un autre est irrespectueux. De toute façon, la faute se trouve toujours à l’extérieur. Ce n’est pas moi, je ne suis pas bruyante et irrespectueuse. Ils devraient changer. Sauf que c’est tellement difficile de changer les autres. Puis, on va ailleurs et il y a d’autres choses qui nous dérangent. Les odeurs, les bruits, le non-respect…

Pour toutes les raisons que je viens d’évoquer, le pratyahara est une pratique merveilleuse. Les bruits qui nous dérangeaient ou nous irritaient deviennent secondaires. On ne s’identifie plus avec l’indignation devant un comportement irrespectueux. On ne l’applaudit pas, bien évidemment, mais on ne le juge pas. Il est là, quelle que soit notre réaction.

Petit à petit, tout ce qui nous dérangeait, cesse d’être un problème. C’est tout simplement là, et c’est notre non-jugement et l’observation qui nous libèrent, qui nous rendent plus serein.

Ma pratique au quotidien

Cet été, mon petit frère a eu une nouvelle enceinte. Il a 17 ans et il est accro aux nouvelles technologies. Vous imaginez bien qu’il a choisi une bonne enceinte, qui émet un son de qualité. Évidemment, petite nature que je suis, le son m’empêchait de dormir. D’abord un peu, ensuite beaucoup… Jusqu’à ce que je n’en pouvais plus un jour et je suis allé le voir. Je lui ai dit, écoute tu sais que tu n’es pas le seul dans cette maison, il y a des gens qui veulent dormir. Ton enceinte m’empêche de dormir, tu peux être un peu respectueux ?  Ce n’est pas poli, arrête ce bruit… (Ouais, superbe discours ma grande, me disais-je dans ma tête. Là, il va s’excuser et il va baisser le son). À ce discours, mon petit frère m’a répondu : Zuza (c’est mon prénom), c’est ton problème.

Cette réplique a terminé notre discussion, je ne savais pas quoi répondre. Bien sûr que ce n’est pas mon problème, c’est toi qui mets la musique !!!

Nous avons tous été des ados. Donc dire qu’il aurait dû être obéissant, c’est beau et c’est vrai, mais cela ne se passe toujours comme ça. Surtout avec les ados.

Il n’y avait aucun moyen pour moi d’accepter cette situation. Et en même temps, c’était ma seule option. Mais plus j’y pensais, plus je me concentrais à la musique, plus je me disais qu’il le faisait sans doute exprès, que j’en avais marre.

Pourquoi je raconte tout cela ? Car ce sont exactement les moments comme ça qui nous permettent de pratiquer le pratyahara.

Se tourner vers soi

Je ne dis pas cela avec une certitude absolue, mais je pense que où qu’on aille, le monde extérieur peut nous déranger. Il y a des bruits partout, il y a des choses avec lesquelles nous ne sommes pas d’accord, il y a des odeurs qui nous dérangent, les gens qui ne nous respectent pas alors que nous faisons tout comme il faut. Les possibilités sont nombreuses. De quoi écrire des livres, avec beaucoup, beaucoup, beaucoup de pages.

Mais nous pouvons tout simplement commencer à observer. Ne pas nous laisser porter par les agitations du monde extérieur. Réaliser que même les choses ou les moments qui nous dérangent ont leur place ici. Chercher tout simplement le divin, chercher la vie, l’essence et la beauté de ce monde.

Certes, tout observer sans rien faire, ce n’est pas très intéressant, c’est même déconseillé dans une société gouvernée par l’ego. La question qui se pose est la suivante – suis-je prête à accepter les choses qui me dérangent pour m’approcher d’un état de connexion à l’étre, au vivant, au divin ? Ou je préfère rester identifié aux sens, me pleindre et donner toujours la tort aux autres ? Observer ne signifie pas se soumettre. C’est accéder à la conscience, à notre vraie nature. C’est de là que nous pouvons puiser l’énergie vitale, l’amour, le respect, la bienveillance, la compassion et la paix. Et soudain tout devient plus clair, ce qui nous dérangeait n’est peut-être pas si grave finalement. Ou c’est grave, et on change. Mais tout devient plus simple lorsque la négativité est estompée par la lumière de la conscience.

Le pratyahara est une pratique, il est donc bien d’y penser et d’accueillir ce pilier avec beaucoup d’auto-compassion et de patience. C’est au moins ce que j’essaie de faire, et ça fonctionne plutôt bien.

Pratyahara et la pratique  du yoga

Pourquoi la maîtrise des sens est-elle importante ? On a la possiilité de découvrir tellement de styles différents de yoga aujourd’hui. Tellement d’approches différentes à cette pratique. Comment faire pour ne pas s’y perdre? Comment faire pour ne pas oublier le vrai sens du mot yoga ?  Le pratyahara est une pratique puissante, une pratique indispensable pour trouver la paix.

On peut facilement croire qu’après les asanas, il y a quelques pratiques de respiration et puis c’est tout. Mais ce n’est que le début. Le début d’une quête de soi, la quête de notre vraie nature, de notre connexion à la vie. Cela prend du temps car ça va tellement à l’encontre de ce que nous apprenons depuis tout petit. La révolte et la non-acceptation sont en quelque sorte les indispensables de la société moderne. Or, la révolte va à l’encontre même du pratyahara.

La maîtrise des sens, nous incite-t-elle à rester inactif ?  À ne pas agir ? Non, je ne pense pas. Elle nous donne l’espace pour prendre du recul. D’observer et de nous détacher avant de plonger dans le flux continuel d’un discours incessant comme quoi les choses devraient être différentes et que de toute façon rien n’est juste. Comment peut-on s’attendre à tirer pleinement profit de notre pratique ?

Pour trouver la paix, il suffit de maîtriser nos sens et ne pas nous laisser emporter par des promesses alléchantes du monde extérieur qui veut toujours nous faire croire que le bonheur et la paix se trouvent soit dans avoir plus, soit dans ailleurs.  Possédons-nous les preuves que c’est vraiment le cas ?

Pratyahara est un pilier du yoga aussi important que tous les autres. Car le monde extérieur peut sembler toujours problématique. Mais c’est notre façon d’interpréter ce qui semble irritant ou inacceptable qui peut faire toute la différence.

Merci pour votre lecture.

falaise

💚

 

 

 


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